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Klauspeter Blaser

Le Christianisme social
Une approche théologique et historique

 

Collection "Débats"
isbn 2-911087-33-X, 144 pages - 14 x 22,5 cm - 20,00 Euros ttc

 

     À l'heure où le projet même d'une politique socialiste qui puisse à la fois contrôler la machine technocratique de l'État et incarner le progrès social pour tous est profondément ébranlé, une relecture du christianisme social ouvre des perspectives inattendues.

S'il semble parfois un peu anachronique, sans doute à cause de sa trop proche affiliation aux institutions de solidarité liées aux Églises, le christianisme social, nous montre Blaser, est un mouvement ancien qui connaît de profondes mutations et non une idéologie dépassée.

L'auteur dresse ici un bilan historique approfondi du mouvement dont il présente les figures de proue et situe les aires géographiques pour mieux exposer les influences nationales ou linguistiques sur un courant mondialisé.

Dans le dernier chapitre, il expose les raisons d'espérer que l'ancien christianisme social n'aura pas de « succédanés trompeurs » mais des « successeurs inventifs » encore à naître, semble-t-il.

L'approche, tant théologique qu'historique, de Blaser est d'abord celle d'un théologien systématicien et praticien, ce qui distingue cet ouvrage des nombreuses études du christianisme social faites par des sociologues ou des historiens.

 

  Klauspeter BLASER (1939-2002) fut missionaire et enseignant en théologie en Afrique du Sud et au Lesotho avant d'être appelé à enseigner la théologie systématique à l'Université de Lausanne en 1972.

C'est en Afrique australe, au contact du régime de l'apartheid, qu'il comprend l'influence du contexte social sur la théologie réformée. Il dénonce alors la lecture hérétique des textes bibliques et l'analyse rétrograde du développement séparé qui prétend fonder la paix et la justice sur la différence des races et des ethnies. Dans Le conflit Nord-Sud en théologie (1990) il thématise les motifs théologiques de la mission et croise deux thèmes communs avec le christianisme social, « l'avancement du règne de Dieu » et « l'amélioration ou la christianisation de la société ».

 

lire un extrait

 

Au nom du Royaume
Klauspeter Blaser nous fait découvrir le Christianisme social
dans ses questionnements les plus actuels.

Rémy HEBDING, Réforme

Né en plein développement industriel, le Christianisme social concentre en lui toutes les interrogations des chrétiens confrontés au monde du travail. Dans son ouvra¬ ge qui se veut une approche théologique et historique du mouvement, Klauspeter Blaser cite Elie Gounelle, un des pères fondateurs : « Le Christianisme social, c'est la rénovation progressive du monde (âmes, Église, société) par la puissance spirituelle de Jésus-Christ et par Vidée du Royaume de Dieu. » Cette phrase résume assez bien la quête inlassable de ceux pour qui il est impossible de séparer la dimension spirituelle et la dimension sociale du christianisme. Pour cette raison, la référence au Royaume de Dieu tient une place centrale dans la pensée des Blumhardt, Ragaz, Fallot, Gounelle, Monod... Tous se sentent portés par cette haute exigence de rendre visible sur terre, dans ce monde, un peu de cette lueur entrevue à la lecture de l'Évangile.
Car il s'agit, avant tout, de poser des signes visibles pour tous de ce monde nouveau qui vient. Il ne s'agit donc pas de se retirer dans une sorte de quiétisme, encouragé par une religion de l'intériorité, mais bien de prendre à bras-le-corps les questions d'un siècle en pleine transformation. Il y va, pour eux, du sérieux de l'incarnation. Mais, tout en étant portés par l'impérieuse nécessité de confronter leur foi aux interrogations sociales les plus cruciales, ils entrevoient le risque d'une immersion totale dans un militantisme en tout point identique à celui de leurs camarades socialistes, Monod saisissait bien ce danger de voir rompre cette tension entre l'impératif social et l'assurance que, malgré tout, le Royaume de Dieu tant souhaité ne sera jamais totalement de ce monde. Ou, d'une autre manière : il est dangereux de sacraliser nos efforts humains en vue de transformer la société.
La grande vertu du livre de Klauspeter Blaser réside bien dans la façon dont il nous fait comprendre ce combat intérieur, jamais résolu, de ces chrétiens sociaux toujours indociles à tout embrigadement au nom des lendemains qui chantent. Même chez les plus engagés demeure cette part de liberté chrétienne au nom d'un Royaume « tout autre », c'est-à-dire jamais conforme à nos constructions humaines. Toujours en devenir. La controverse entre Barth et Ragaz est toute marquée par l'impossible recouvrement des aspirations et des réalisations. L'auteur atténue ce qui pourrait apparaître comme un affrontement entre deux approches irréductibles : « Un accord profond les lie en dépit de toutes les divergences ; la conviction que la réalité du Dieu vivant et les images humaines, religieuses, à propos de Dieu s'excluent mutuellement. » Car il existe un horizon absolu de toute l'histoire. Il nous indique la direction a suivre pour rendre les structures sociales mieux conformes à ce Royaume en devenir. Annoncé et toujours à accomplir.

Cet article est paru dans l'hebdomadaire Réforme; n°3024, 27 mars- 2 avril 2003

 

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