Démocratie
et fonctionnement des Églises

Actes du Colloque "Théolib" et "Évangile et Liberté",
Paris Institut protestant de Théologie, 8 et 9 janvier 2000

coll. « Débats »
isbn 2-911087-23-2
128 pages • 14 x 22,5 cm • 19,82 Euros ttc

 

    Les 8 et 9 janvier 2000, le colloque "Démocratie et fonctionnement des Églises" , organisé sur une idée de Laurent Gagnebin par les deux associations protestantes libérales françaises Évangile et Liberté et Théolib, a réuni cent personnes à Paris, venues de France, de Suisse, et de Belgique, dans les locaux de la Faculté protestante de théologie.

Au moment ou plusieurs de nos paroisses vivent des crises graves, il s'agissait de réfléchir ensemble, sans passion, sur la situation de nos Églises, d'en méditer l'évolution, d'en examiner les structures. Il s'agissait aussi de relever les questions nouvelles que pose l'évolution des mentalité et des situations. L'Église d'aujourd'hui doit parfois faire face à des problèmes dont nos prédécesseurs n'auraient pas eu l'idée. Le colloque s'est donc déroulé entre questionnements et témoignages. Parmi les grands questionnements qui en ressortent, nous en relevons quatre :

1. D'abord le sentiment qu'un éloignement progressif de certains publics des paroisses entraine un enferment de l'autorité dans une forteresse toujours plus dissociée de la réalité des églises locales. Les Conseils paroissiaux se sont vus investis d'une autorité nouvelle sur leurs pasteurs, sans toutefois être toujours les décideurs sur les questions d'importance, ni parfois les moteurs d'un véritable projet d'Église. Leur seul devoir envers l'assemblée générale étant d'"informer". C'est cette inexorable séparation de l'institution d'avec les communautés de foi que le philosophe catholique italien PIetro Prini qualifie de "schisme à fleur d'eau".

2. Cette situation va probablement de pair avec une "crise de la députation", peut-être en découle-t-elle même. Les membres des Conseil presbytéraux, plus souvent cooptés que véritablement élus sont-ils des représentant, des délégués ou exercent-ils un ministère que l'assemblée de paroissiens doit reconnaître et auquel elle doit se soumettre? On retrouve-là cette déresponsabilisation du peuple que l'on peut constater également dans le gouvernement civil, et qui provoque cette coupure avec la classe politique. Existe-t-il encore un véritable désir des élus de dialoguer avec leurs électeurs pour construire un projet commun? La question vaut d'être posée. La burocratisation de plus en plus lourde, qui accable entre autres les maires de nos petites communes, est sans doute aussi dans l'Église un des facteurs qui complique les échanges entre la base et les responsables. Cette opacité est-elle volontaire ou découle-t-elle naturellement d'un système administratif trop lié encore au dix-neuvième siècle?

3. Un intervenant se posait une question d'importance: l'Église aujourd'hui affirme-t-elle encore le besoin d'avoir des pasteurs? Si l'on répond par l'affirmative, ne faut-il pas retracer précisément les fonctions du pasteur?

4. Même si les crises sont un signe de démocratie, et témoignent qu'il y a de la vie, il apparaît clairement que ces éléments (joints à d'autre qu'André Gounelle aborde dans son introduction et sa synthèse) nuisent parfois de façon significative au travail de témoignage et à la cohésion des communautés paroissiales. Si les pasteurs se retrouvent parfois fragilisés, l'Eglise n'en est pas pour autant consolidée. De nombreuses questions ont été abordées. Aucune n'a reçu de réponse définitive, ni complète. La nécessité impérieuse d'assurer la crédibilité du message de l'Évangile a été le point central des débats, parfois passionnés, où se sont manifestées de réelles souffrances devant le fonctionnement actuel de nos Églises. On ne saurait défendre des principes de foi et de liberté, proclamés dans le Déclaration de foi de l'ERF, si l'on n'assure pas l'application de ces principes dans le cadre de l'Église. Il faut donc se préoccuper des règlements, même si chacun sait qu'aucun n'est parfait. Mais surtout souvenons-nous que l'esprit d'une Loi doit toujours primer sur sa lettre.

À ce stade, nous retrouvons le constat surprenant auquel ce colloque a conduit bon nombre de ses participants : moins il y a de peuple, plus il y a d'autorité.

Personnellement, je pense que si les expressions de la théologie réformée ont évolué, tenant compte de l'évolution de contextes culturels, l'organisation des églises issues de la Réforme a cruellement oublié l'invitation au Semper reformanda, se cristallisant sur des structures du dix-neuvième siècle, trop éloignées aujourd'hui des modes de pensée de nos contemporains. C'est l'un des constats que Pierre Alause nous faisait partager. En matière d'organisation de l'Église, Calvin était, pour son temps, beaucoup plus novateur que nous n'osons l'être aujourd'hui. Il est temps d'écouter et de réfléchir à renouveler nos modes d'organisation... Patrick F. van Dieren

 

acheter ce livre à la librairie en ligne l'Arrêt aux pages

lire un extrait