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INTRODUCTION
Beaucoup
aujourd'hui ne savent plus trop qui était Charles Wagner. On se
rappelle qu'il fonda la paroisse du Foyer de lÂme. On connaît
aussi la petite rue parisienne qui lui est dédiée, même
si l'on ne sait plus trop pour quel motif. Il y a une présentation
admirable de la vie de Charles Wagner. Nous la devons à son gendre,
Alfred Wautier d'Aygalliers. Je lui ferai de nombreux emprunts. Mais cet
ouvrage est hélas épuisé et peu le connaissent. Il
mérite d'autant plus de retenir l'attention qu'il offre des extraits
nombreux et remarquables du journal de Charles Wagner. Or, là aussi
hélas ! malgré de nombreuses recherches effectuées,
ce journal est aujourd'hui introuvable.
Le temps
passe et efface ce qui légitimement a marqué et fait vibrer
d'autres époques. Les développements des sciences et les
évolutions qu'elles suscitent font que les jeunes générations
misent davantage sur l'apport des technologies nouvelles que sur la mémoire
et la sagesse ancestrales. La vie moderne incite à tourner les
pages plus vite que jadis, donc à vivre moins dans le souvenir.
Il faut vivre avec son temps et les spécificités qui le
caractérisent. Mais il ne faut pas refermer trop hâtivement
les pages importantes du passé, celles qui alertent notre vigilance
contre les forces de la nuit, comme celles qui ouvrent devant nous les
portes de la noblesse et de la grandeur qui sont appel à la vie.
Notre devise serait de ne pas nous réfugier dans le passé
et de ne pas devenir les musées de la vie. Mais elle serait aussi
de connaître et reconnaître résolument nos racines,
ce d'où nous venons, ce qui nous permet aujourd'hui d'honorer notre
condition d'homme et peut-être de croyant. Charles Wagner fut un
homme d'exception.
De ces
êtres, il en est dans chaque génération. Non seulement
ils honorent la condition humaine, mais ils nous incitent tous à
nous dépasser. Charles Wagner ne s'est jamais gargarisé
de discours impressionnants sur la spiritualité et sur les grands
sentiments. Avec la simplicité et la force de sa matrice rurale,
il se borne à inviter à habiter notre humanité. Aussi
dira-t-il qu'il y a quelque chose de plus rare qu'un grand homme : c'est
un Homme. De même, lors de l'inauguration du Foyer de l'Âme,
il résume curieusement toutes les belles paroles religieuses que
l'on pourrait attendre en cette circonstance dans cette seule formule
lapidaire : « Ici, on enseigne l'Humanité ». Nous reviendrons
ultérieurement sur cette antienne du message de Charles Wagner.
Homme
d'exception, il l'a été. Sa profonde sensibilité,
sa simplicité et sa force paysanne sont les composantes d'une personnalité
qui en impose par elle-même. Comme toutes les personnalités
riches, Charles Wagner n'a pas été l'homme d'un seul engagement,
mais d'une diversité d'engagements complémentaires : pasteur,
penseur religieux, moraliste, écrivain et formateur de maîtres.
Il savait faire vibrer plusieurs cordes de sa personnalité plutôt
que d'être l'homme d'un seul sillon. Cette diversité n'avait
d'égal que sa vision du monde nouveau auquel Dieu nous invite et
de l'humanité qu'elle appelle. Aussi, dans une précédente
et courte évocation de ce qu'il fut, l'ai-je présenté
ainsi : une figure non conventionnelle mais marquante du protestantisme
français. Voilà la belle et noble figure que je souhaite
évoquer dans les pages qui suivent. Puissent son image et sa vigueur
être aujourd'hui encore ferment d'humanité et de foi !
Le Foyer
de l'Âme est l'enfant spirituel de Charles Wagner. Nous pourrions
vénérer ce lieu, en mémoire seulement de celui qui
en fut le père spirituel. S'il en était ainsi, Charles Wagner
se sentirait trahi. Il n'y a pas de culte de la personnalité, mais
seulement d'une parole ou d'un message spécifique. Selon le désir
de son fondateur, le Foyer de l'Âme est un lieu religieux ou spirituel
caractérisé par une parole libre sur le plan théologique,
ainsi que par un accueil sans réserve à l'égard de
toute personne en recherche spirituelle, quels que soient son passé
et ses bagages. Le personnalisme spirituel, le non-dogmatisme, le non-ritualisme,
le refus de la raison d'église sont les corollaires d'une telle
orientation initiale. En ce sens, au sein d'une Union d'églises
comme au dehors, le Foyer de l'Âme a bien une vocation religieuse
particulière, différenciée de celle de la grande
majorité des églises. Pendant un siècle, comment
le Foyer de l'Âme a-t-il répondu à cette vocation
? C'est ce à quoi nous allons essayer de répondre. L'histoire
et les combats de Charles Wagner ; l'histoire et les combats du Foyer
de l'Âme : tel est le projet de cet ouvrage.
(©
van Dieren Éditeur, 1999)
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